“Ciabatta” sans pétrissage

“Ciabatta” sans pétrissage
Hind
par

La gloire et l’oubli. Ainsi pourrait-on qualifier l’extraordinaire vie de Sessue Hayakawa alias le samourai d’Hollywood.  Sessue comment ? Ben le colonel Saito voyons, mais si le méchant japonais qui emprisonne un régiment de britanniques dans le cultissime « pont de la rivière Kawai », le film  dont  la fameuse chanson sifflée (la marche  du capitaine bogley) traine encore dans l’inconscient cinéphilique mondial.

Mais bien avant ce film datant de 1957, le monde avait oublié que Sessue avait d’abord été une  immense star dans le Hollywood balbutiant du cinéma muet. Et pourtant rien ne prédestinait ce fils de préfet japonais à devenir une vedette de cinéma, de surcroit américaine et aussi connue que Charlie Chaplin ou Douglas Faibanks. Un tympan perforé allait changer à tout jamais le cours de sa vie.

Né au japon à Nanaura, fils du gouverneur local, cet enfant de notables de province se destinait à une carrière dans la marine. Un accident de plongée va endommager ses tympans rendant son admission au concours de la marine impossible. Désespéré, Sessue décide de se suicider façon seppuku à l’ancienne et sera sauvé in extremis par son père. Ce dernier décide alors d’envoyer son fils noyer son chagrin en Amérique et plus exactement à l’université de Chicago, histoire de devenir banquier et d’oublier ces sombres histoires de sabres rituels.

Mais au lieu de se passionner pour les flux financiers, Sessue va découvrir le théâtre. Il ne tarde pas à être repéré par un producteur de cinéma qui le fait jouer dans un film muet « Le typhon ». La gloire est immédiate. Sessue va devenir célèbre en jouant les dandys ténébreux et cruels entre 1910 et 1920 : les femmes en sont folles, les hommes veulent imiter son style implacable et son regard énigmatique.

Sa vie devient dès lors terriblement romanesque. Il passe de l’extravagance des villas hollywoodiennes et des limousines plaquées or (véridique), à ennemi public  aux États-Unis lors de la montée du racisme anti-japonais, puis à résistant pendant la seconde guerre mondiale en France sous le nom de « péril jaune »( ça ne s’invente pas), avant de relancer brièvement sa carrière cinématographique( avec notamment « le pont de la rivière kwai »)  avec des rôles de méchants peu loquaces, puis de se retirer dans un monastère zen au japon en devenant moine bouddhiste et d’y finir sa vie. La réalité dépasse largement la fiction et Sessue nous le prouve amplement!

L’étourdissant destin de Sessue Hayakawa est raconté dans le récent et passionnant livre de Gilles Jacob « Un homme cruel »,qui se lit aussi comme un formidable récit sur la question de l’identité et du regard de l’autre.

La gloire et l’oubli, ainsi pourrait-on qualifier pareillement la recette d’aujourd’hui. Voire plutôt dans le sens inverse : l’oubli et la gloire !

Amis flemmards, paresseux de tous les pays, chers indolents : cette recette est pour vous. Il suffit de partir la veille pour le lendemain, de touiller un chouiya (quand  même) , de renverser son œuvre sur une taque  et voilà une ciabatta alvéolée et prête à être dévorée. J’ai quand même mis Ciabatta entre guillemets pour ne pas choquer les puristes et parce qu’en temps normal j’adore pétrir le pain (même si la technique classique de la ciabatta incite à le battre plutôt qu’à le pétrir pour cette pâte très liquide)

On oublie donc la pâte pendant 18 à 20h avant de connaitre une gloire boulangère et éphémère. C’est le temps qui fait quelque chose à l’affaire ici, à défaut de suer sur son pétrin. C’est la stratégie de la lenteur, le bonheur de la nonchalance récompensée.

Sessue Hayakawa en 1915

Sessue Hayakawa en 1915

Pour 1 grosse ciabatta ou 2 petites (à commencer la veille)

  • 600g de farine de froment blanc bio t65 (ou 100g de farine complète T150 et 500g de farine T65)
  • 500ml d’eau
  • 1 cc de levure de boulanger sèche
  • 10 g de sel
  • 1 cc de sucre
  • Un peu d’huile d’olive et de polenta (ou de semoule fine) pour les taques de cuisson

ciabatta2Dans un grand saladier, mélangez la farine avec le sel et le sucre. Ajoutez la levure et l’eau et touillez nonchalamment avec une spatule histoire d’amalgamer tout ça. Recouvrez le bol de film alimentaire puis d’un linge propre et  oubliez le tout pendant 18h jusqu’à 20h (mais 18h minimum) à température ambiante.

Le lendemain, préchauffez le four à 220°C

Badigeonnez le plan de travail avec un peu d’eau, découpez  un grand rectangle de film alimentaire et posez sur le plan de travail (l’eau aide à fixer le film).

Farinez légèrement le film et découvrez votre pâte à pain  qui doit être pleine de bulles ronronnantes: la pâte est collante et plutôt liquide. Pas de panique: c’est exactement le résultat attendu pour ce pâton très hydraté.

Versez délicatement la pâte sur le film alimentaire et formez grossièrement en long rectangle.

Recouvrez une taque de cuisson avec du papier sulfurisé. Huilez légèrement et saupoudrez de polenta

Soulevez le papier film (avec le pain dedans) et renversez-le sur la taque: cette technique permet de manipuler les pâtes délicates sans trop les déformer. Reformez grossièrement en rectangle (ou en savate, c’est la signification du mot « ciabatta »!) puis saupoudrez d’un peu de farine supplémentaire, couvrez d’un linge et laissez lever deux heures supplémentaires.Déposez un petit récipient plein d’eau dans le four  et enfournez votre œuvre pendant 40 minutes.

Laissez refroidir sur une grille avant d’attaquer.

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Commentaires

  1. […] Oui il y a des choses importantes dans la vie, notamment cette salade repas qui mêle allégrement les joies biologiques de la saison. Amertume bienvenue des chicons ( de pleine terre sinon rien,parfaitement), croquant allègre du chou pointu(avec aussi une pointe de saveur amère), douceur acidulée des pommes Boscoop , richesse du très anglais bleu Stilton , joies croquantes des airelles séchées et des amandes, élancement de la claytone de cuba, et enfin euphorie de la vinaigrette à l’huile de noix. Le tout accompagné d’une baquette croustillante ou de la ciabatta vu dans l’épisode précédent. […]

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