Crumble à la rhubarbe

Crumble à la rhubarbe-voyagesenlegumie
Hind
par

« Il n’y a rien de plus naturel que le hasard ni de plus constant que l’imprévu. L’ordre , en somme , est une entreprise antinaturelle ».

Paul Valéry.

Ce jour là je m’étais fixée une mission de la plus grande importance qui avait succombé à des attaques de procrastination répétées : un grand nettoyage de printemps.

Le cœur léger, l’esprit caféiné, le corps alerte, je m’apprêtais  à entamer cette activité mémorable quand soudain un complot d’ordre cosmique se mit en marche. Sans crier gare. Et j’en étais la cible principale.

Les objets avaient tout bonnement décidé d’échapper à mon contrôle : l’aspirateur prenait un malin plaisir à se laisser acculer dans le moindre recoin, les balais s’effondraient de tout leur long pendant que les chiffons se perdaient entre deux étages. Les toiles d’araignée contemplaient mon désarroi tandis que les livres m’interrogeaient sur cette volonté tout à fait ahurissante de leur imposer un ordre rationnel.

Objets inanimés avez-vous donc une âme ? se demandait le poète. Il semblait que oui !

Vaincue par cette conspiration fourbe, je me tournai très naturellement vers une entreprise culinaire, histoire de donner le change.

De guerre lasse , j’ouvris  nonchalamment mon réfrigérateur et mes placards .

Comme par hasard j’avais de la rhubarbe, saison oblige.

Comme par hasard j’avais de la farine. Et puis du sucre complet . Et du beurre de ferme. L’équation se résolvait d’elle même.

Trêve de nettoyage ! Une idée fixe remplaça toute les autres dans mon cerveau fatigué  par ces harassantes tentatives d’ordre :une quintessence de la ‘britishness,’ j’ai nommé le crumble !

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, ce met des humbles a commencé sa fulgurante carrière au cours de la seconde guerre mondiale : le rationnement imposa aux britanniques une créativité incessante afin d’économiser les ingrédients de première nécessité. Nos fervents amateurs de pies et autres tartes de l’Albion  durent imaginer un substitut moins onéreux tout en sauvegardant le goût d’un bon dessert aux fruits. Le crumble était né.

La sagesse_toute relative_ venant au fil des ans , j’ai désormais rangé le crumble dans la catégorie des recettes qu’il est vain de sophistiquer. Ayant tenté les ajouts de fruits sec ou  de flocons de céréales  tout en essayant de varier les matières grasses (purée d’amande par exemple) ou les farines( sarrasin, riz, épeautre) , j’en ai conclu que la simplicité était le maitre mot de ce dessert populaire. Cela étant les farines de riz ou d’épeautre offrent des substituts honorables.

Toute la a magie réside dans le contraste de texture entre la couverture croustillante et la base de fruits juteux qui vont érupter à la cuisson en petits volcans très peu britanniques. Et dès la première bouchée ,une béatitude confortable s’installe dans un va et vient bienheureux entre le croquant de la pâte et l’indolence des fruits cuits. Le crumble n’a besoin d’aucune sublimation, qu’on se le dise.

Nos amis britannique le servent avec l’insondable ‘custard’ (la crème anglaise, cqfd, mais en plus épais);je préfère pour ma part une glace vanille ou un yaourt nature légèrement sucré au miel par exemple.

A vos fours ! Crumblez et  tremblez maintenant !

Pour 4 à 6 personnes et pour un moule de 27 *20 cm:

 

  • 700 à 800g de rhubarbe
  • 30 à 40g de sucre muscovado (en vente en magasins bio) ou encore de sucre de canne.
  • ½ cc de gingembre moulu

Pour la pâte à crumble :

  • 225 g de farine à pâtisserie
  • 130 g de beurre  bien froid, coupé en dés
  • 80 g de sucre muscovado (ou demerara)
  • Une pincée de sel

 

Avant d’entamer les hostilités,préchauffez le four à 200°C

La pâte :

Commençons par la pâte : mélangez tous les ingrédients dans un grand saladier et allez-y avec les doigts jusqu’à à avoir une consistance sablée et que le beurre ait bien été absorbé par le mélange. Résistez à l’emploi de tout appareil dit moderne pour le faire : non seulement vous réduirez votre corvée de vaisselle mais vous vous priverez d’un défouloir gratuit . Sans comptez que la texture rustique est bienvenue dans ce type  de dessert.

Mouillez légèrement vos mains et mélangez de nouveau .Résistez à la tentation d’avoir une texture homogène : les petits monticules de pâte sont les bienvenue. Oui le crumble ,vous l’aurez compris, est une grande affaire de résistance.

Enfermez le tout dans un récipient hermétique et gardez au frais pendant au moins une demi-heure : personnellement je fais souvent la pâte la veille pour le lendemain. Ne sautez pas cette étape: la pâte doit reposer au frais avant d’être employée.

La rhubarbe :

Lavez et essuyez les tiges de rhubarbe puis coupez le tout en tronçons de 3-4 cm. Mélangez les pétioles avec le sucre et le gingembre moulu et versez le tout dans le récipient de cuisson du crumble. Laissez mariner pendant 30 mn au moins, le temps que la pâte à crumble se raffermisse au frais.CrumbleRhubarbe2

La Cuisson :

Sortez votre pâte à crumble du frais puis disposez là à la main et un peu n’importe comment au dessus de la rhubarbe. Le but étant de recouvrir les pétioles sans non plus trop se fouler: rappelez-vous de ce mantra cité plus haut.

Faites cuire au centre du four  pendant 35 à 40 mn jusqu’à ce que le crumble soit bien doré. Servez chaud ou tiède avec de la glace ou un bon yaourt biologique. Attaquez à la cuiller comme il se doit ce  » utterly fascinating pudding ».

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